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La petite chronique du psy

Comment le bébé de l’Homme ferait-il pour exister sans vous ?

Lorsque l’enfant parait…

Quand il naît, le petit de l’homme, il faut bien le dire, n’est pas du tout fini. Certes, on pourrait avancer que c’est une règle commune qui s’applique à tout être vivant de taille conséquente et un tant soit peu sophistiqué appartenant au règne animal… Mais il est avéré que le bébé humain arrive au monde particulièrement immature. De ce fait, il demeure très dépendant de son entourage immédiat et plus particulièrement de ses parents : très éloigné de sa forme adulte définitive, il est incapable de se tenir sur ses « pattes » et de suivre le troupeau ou encore de rejoindre seul la mer pour nager dans le grand bain comme le ferait le bébé tortue tout juste sorti de son œuf ! Sans fourrure, il peine à se réchauffer lui-même et ne voit quasiment rien et s’il a le réflexe inné de téter, encore faut-il lui présenter le sein ou le biberon au bon endroit et au bon moment pour qu’il puisse s’alimenter correctement… Mais là encore, à condition d’être bien calé dans des bras sécurisants, au calme et porté par l’attention soutenue, le regard confiant et unifiant de sa mère ou de son père.

Les spécialistes qualifient cet état de « dépendance primordiale » qui est en même temps, chose extraordinaire, la condition même de son humanisation, c’est-à-dire de son devenir en tant que petit d’Homme doué de conscience, de sentiments et de pensées.

Car si le développement du bébé a à voir avec l’inné dans la mesure où le petit humain, comme tous les autres êtres vivants, est programmé biologiquement pour grandir du fait de la mise en place progressive de ses différents « systèmes de fonctionnement », de leur organisation et de leur spécialisation en rapport avec l’héritage génétique, anatomique, physiologique, neurologique… ses compétences affectives, relationnelles et intellectuelles, elles, se nourrissent avant tout des apports et des interactions avec son environnement proche et plus spécifiquement dans la rencontre singulière, la relation affective et « l’accordage » qui va s’établir avec ses parents (ou de ses care-givers pour employer un terme anglo-saxon générique), premières figures d’attachement. Car pour le dire plus schématiquement, on peut être « équipé » de tout ce qu’on veut, s’il n’y a pas d’environnement, s’il n’y a pas « des autres » et du lien pour vous stimuler, vous calmer, vous regarder, vous parler… vous resterez inerte et tout développement sera entravé ! Le destin du jeune dauphin Louis XVII, retenu à l’isolement dans la tour du Temple en est un exemple historique tristement évocateur.

C’est donc grâce à vous, parents, à travers vos bons soins réels et appropriés que le bébé va progressivement développer sa vie psychique : en effet, là où ses besoins auront été repérés puis assouvis en temps et en heure et à partir de cette base de sécurité qui se sera ainsi constituée, le bébé pourra se créer et prendre conscience petit à petit des contours de son petit monde à lui, dans une certaine continuité d’existence. Mais cela n’est pas encore tout à fait suffisant, car c’est également grâce à la capacité intuitive de lecture et d’interprétation mais aussi de « rêverie imaginaire » des parents que ce petit monde, avant tout habité de tensions ou de satisfactions internes ressenties corporellement, va pouvoir s’animer et se peupler de représentations et de significations familières plus élaborées : les parents, en donnant sens et valeurs aux signaux  de tensions que sont par exemple les cris, les pleurs ou les rictus du bébé proposent ainsi dans l’interaction les prémisses de ce qui s’établira comme les premières formes du langage et de la communication symbolique. Ainsi, le langage d’où nait la pensée, la conscience et la représentation de soi et du monde, n’est-il pas le propre de l’homme ?!

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